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La douleur: une guide précieuse pendant l’accouchement

Photo de Janko Ferlic sur Pexels.com

En accompagnant les femmes enceintes, j’ai remarqué que s’il y avait une chose qu’elles avaient toutes en commun, c’était la peur de la douleur de l’accouchement. Cela conditionne leur choix à accoucher par césarienne et les empêchait de profiter de leurs grossesses, à tel point qu’elles sentaient leur corps comme une bombe à retardement.

Même si on choisit une césarienne ou un accouchement naturel, il faut qu’on prenne conscience de la façon dont on veut vivre la naissance de notre enfant, car cela marquera notre vie positivement ou négativement.


Il est très important de prendre une décision éclairée afin de ne pas être conditionné par la peur de la douleur, car c’est précisément celle-ci qui assurera la progression de l’accouchement et qui lui confèrera son sens en tant qu’expérience transformative dans la vie d’une femme. Mais ce n’est pas toujours facile d’affronter l’inconnu. Il faudra donc qu’on comprenne pour quelle raison la douleur est là et comment elle fonctionne.

La physiologie de la douleur : pourquoi est-elle là?

La douleur devient le moteur qui synchronise le processus afin d’assurer qu’on traverse la transe sans souffrance.

Depuis des temps immémoriaux, il y a un tabou entourant la douleur de l’accouchement. Toutefois, il faut savoir que la douleur de l’accouchement ne ressemble à rien d’autre qu’on ait connu. En effet, sa particularité est due au fait qu’elle a un but : la douleur agit comme un guide pour nous aider à accoucher plus vite et plus facilement. Sa spécificité réside aussi dans sa nature, puisque ce n’est pas une douleur chronique.

L’accouchement se déroule en alternance avec des moments de douleur lors des contractions et des moments de soulagement pendant les pauses. Dans la première phase, notre corps sécrète des hormones qui produisent des contractions plus efficaces. Pendant les pauses, il sécrète d’autres hormones qui exercent une action analgésique et récompensent notre effort en nous fournissant une sensation de bien-être ainsi qu’une relaxation profonde. En d’autres termes, la douleur devient le moteur qui synchronise le processus afin d’assurer qu’on traverse la transe sans souffrance.

La physiologie de la douleur de l’accouchement : la production des ressources internes liée à la douleur.

C’est vrai que l’accouchement se produit sur le plan physique, mais notre être comprend aussi d’autres aspects : spirituel, émotionnel, psychique et énergétique. Par conséquent, l’accouchement, y compris tous ces plans, sont intrinsèquement liés entre eux. C’est nécessaire de regarder la parturiente avec une vision holistique, vu qu’on ne peut pas dissocier le plan physique de tous les autres. Lors de l’accouchement, elle aura besoin de toutes ses ressources internes —dont la plus importante est la douleur— pour que l’harmonie du processus soit préservée. Donc, la douleur restitue la naissance en une expérience holistique plutôt qu’en un acte purement médical. De cette façon, l’équilibre hormonal de la nouvelle maman sera sauvegardé dans le but de protéger sa santé mentale et son bien-être émotionnel.

La promesse d’un accouchement sans douleur

Généralement, si une femme choisit une césarienne tout en connaissant à des degrés divers ce que cette procédure entraîne, c’est à cause de la peur de la douleur de l’accouchement. Celle-ci est ancrée dans notre société depuis trop longtemps, en grande partie à cause de l’ignorance, des histoires qu’on entend reliées à des mauvaises expériences et des conditionnements négatifs. Alors, ce n’est pas facile de séparer le concept de l’accouchement de l’idée de la souffrance. Or, si on savait comment fonctionne le processus physiologique de l’accouchement, on comprendrait que la douleur est complètement nécessaire et que notre corps possède des ressources pour la supporter.

Dans ce contexte, on comprend que ce n’est pas une douleur pathologique. Il faut qu’on accepte sa présence pour la laisser agir. En fait, la douleur ne peut pas être totalement supprimée, en dépit de la promesse d’un accouchement sans douleur offerte par la médecine. Dans l’accouchement naturel, il faut attendre jusqu’à ce que les contractions aient été établies —ce qui veut dire assez fortes— pour appliquer la péridurale. Étant donné que la césarienne représente une chirurgie majeure, la douleur est inhérente.

Alors qu’il est facile de penser qu’on peut éviter la douleur en sautant le processus physiologique grâce à la césarienne, ça coûtera cher en termes physiologiques et psychologiques. Si on isole le corps de la mère des autres plans (psychique et émotionnel), c’est certes la façon la plus rapide et la moins douloureuse de donner naissance à un bébé —au moins, pendant la durée de l’anesthésie—. Néanmoins, vu que notre corps ne peut pas être isolé de notre esprit ni de nos émotions, il ne peut pas y avoir de raccourcis dans ce processus. Si on perturbe son cours naturel, l’équilibre sera bouleversé. Toutes les dynamiques qui sont réprimées dans le processus se réactivent dans la période qui suit l’accouchement.

En effet, après la césarienne, la récupération est extrêmement inconfortable et lente à défaut de la médiation des canaux biologiques qui n’ont pas pu suivre leur cours physiologique. Ainsi, ce déséquilibre pourrait entraîner plusieurs problèmes après la naissance. La mère pourrait avoir de la difficulté à reconnaître son nouveau rôle, à créer des liens avec son enfant et à avoir un équilibre hormonal qui pourrait rendre l’allaitement plus difficile. La récupération si douloureuse de la mère complique le soin du bébé pendant les premières semaines. En plus, cela touchera la santé mentale de la mère qui sera plus vulnérable à souffrir de la dépression post partum. Dans ce scénario, le nouveau-né pourrait avoir des séquelles, et ce jusqu’à l’âge adulte.

Accepter la douleur: le premier pas pour la réduire

Afin d’accepter la douleur, il faut savoir que la peur ressentie est complètement normale et qu’elle fait partie de notre vie. Qu’est-ce qu’on peut donc faire avec la peur? Si on la réprime, la peur devient anxiété; si on la vit d’une façon passive, elle devient souffrance; mais si on l’affronte, elle disparaît. C’est justement cela qu’on devrait faire lorsqu’on accouche: il faut qu’on affronte sa persistance, qu’on s’abandonne à elle et qu’on se laisse aller. De cette manière on sera capable de la supporter plutôt que se noyer en elle.

Après avoir accepté que la douleur sera là, on peut envisager la réduire au minimum tolérable, ce qui nous rendra capables de mieux l’affronter. À cet effet, on dispose actuellement de nombreux moyens, dont plusieurs outils non pharmacologiques, comme des techniques de relaxation, des exercices permettant d’adopter différentes positions qui favorisent la liberté des mouvements, des massages, l’acupression, l’hydrothérapie, parmi d’autres. Il est démontré aussi que la compagnie d’une personne de confiance lors de l’accouchement a un impact positif sur la perception que la femme a de la douleur. D’ailleurs, l’épidurale est une ressource précieuse à une phase plus avancée du processus, car elle permet de déclencher un accouchement qui stagne.

Quand la douleur a été réduite au minimum tolérable, elle peut agir pour produire des contractions plus efficaces et en même temps, permettre aux ressources analgésiques internes d’œuvrer. De cette manière, notre corps pourra déployer tous ses efforts pour accomplir l’accouchement plus facilement et rapidement. Cela rendra le processus plus sécuritaire pour la mère et le bébé, si bien que le risque de complications sera réduit et qu’ il y aura moins d’interventions et par conséquent, moins de risques de subir un accouchement instrumentalisé ou une césarienne d’urgence.

Pendant la grossesse, nous avons le devoir de nous informer sur les ressources les plus adéquates selon votre condition, en tenant compte de l’endroit où on veut accoucher : l’hôpital, une maison de naissance ou chez nous.

L’accouchement comme expérience vitale

Au-delà du processus médical qui de nous jours répresente l’accouchement, il s’agit d’une sorte de paserelle entre la dimension que nous précede et le monde physique, et tout comme la mort —qui est la même paserelle en sens inverse— il est une expérience vitale dont son vécue, même si on le vit en pleine conscience ou totalement déconectées, va marquer profondement notre vie dorénavant.

Comme la vie, l’accouchement est une mer où les vagues sont en harmonie entre le plaisir et la douleur, la santé et la maladie, le bon et le mauvais. Afin de naviguer paisiblement, il faut qu’on cesse de résister au changement et qu’on accepte l’imprévu.

L’accouchement répresente une chance unique pour la femme de vivre une expérience vitale évolutive, car il implique de traverser un état extatique dont on sortira transformées pour toujours.

Quand l’accouchement se mène en harmonie, même si notre corps s’en sort blessé, les plans psychique et émotionnel restent assez entiers, ce qui nous rendra capables d’affronter n’importe quel défi lié à la maternité. Dès lors, on sera conscientes de l’immense force qui nous habite. L’accouchement évoque beaucoup plus que le fait de mettre au monde un bébé. En fait, cela marque la mère autant que le bébé. Il répresente une chance unique pour la femme de vivre une expérience vitale évolutive, car il implique de traverser un état extatique dont on sortira transformées pour toujours.

Chaque accouchement physiologique sur la base de nos choix et souhaits, nous donne la possibilité de plonger dans nos abîmes afin de nous retrouver avec nos plus grandes craintes. Cette expérience unique nous fait franchir nos propres limites de manière qu’une partie de notre corps se brise, qu’on se reconstruise et devienne des femmes plus sages, plus fortes et puissantes. Il suffit de s’immerger dans la connaissance pour se débarrasser des conditionnements négatifs qui entraînent la peur, et surtout de faire confiance à notre corps. Il saura bien faire le travail.

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